mars 2008 - Carmeuse contre Aisemontois

Chacun revendique le droit du sol

La S.A Carmeuse extrait de la chaux à Aisemont depuis un certain nombre d’années. Drainant de l’emploi dans la région, cette activité y importe aussi son lot de nuisances. Aujourd’hui, un nouveau projet d’extension est sur la table. Il nécessite rien moins que la suppression de la rue d’Arsimont. Inacceptable selon les riverains. Ambiance.

Publié le jeudi 9 avril 2009

Au fil du temps, les Aisemontois se sont habitués, malgré eux, aux résonances et aux vibrations des dynamitages de la roche. Aux poussières générées par le transport de la pierre. Ils ont observé la progressive dégradation de leur paysage avec l’élévation d’un bourrelet de terre inesthétique, tout le long de la rue de la Station, jusqu’au cimetière. Ils supportent depuis toujours l’usine à chaux, le son qu’elle produit ainsi que la vue désolante qu’elle offre, couverte de poussière blanc sale le jour, brillant de mille feux la nuit. Ils ont appris à redoubler de prudence en empruntant le bas des rues de la Station et de Claminforge, tantôt poussiéreuses, tantôt boueuses. Mais la suppression de la route d’Arsimont : non, ça, ils ne le supporteront pas.

Une autre route

La direction de Carmeuse l’a pressenti. D’emblée, lors de la réunion de concertation marquant le début de la procédure légale d’obtention du permis, la construction d’une autre route est proposée. Mais celle-ci, se greffant sur le bout de la rue du Fays, près du viaduc de Nèvremont, présente de trop nombreux inconvénients : un long détour, une forte augmentation du trafic automobile dans la rue du Fays et aux abords de l’école, une dénaturation du centre du village.

Contre le projet, une vingtaine de villageois déterminés, toutes tendances politiques confondues, se mobilise. Leur pétition d’opposition à la destruction de la route d’Arsimont rassemble 430 signatures, ce qui est exceptionnel pour le plus petit village de l’entité fossoise. Une A.S.B.L. est constituée : « Aisemont Village » défendra désormais les intérêts des riverains dans ce dossier, et par la suite, fera la promotion du mode de vie villageois.

15 ans d’attente

Dans ce débat, quelle est la position d’Ecolo Fosses-la-Ville ? D’abord, nous regrettons évidemment l’imbroglio politico-administratif qui a conduit à cette situation. A savoir : 15 ans après sa première demande, la S.A. Carmeuse n’a toujours pas les autorisations d’exploitation nécessaire à sa survie à long terme, pour son site d’Hemptinne, sur la commune de Florennes. Résultat : le carrier essaie de s’étendre à Aisemont… même si, selon ses dires, il ne lui reste que pour quatre années de roche exploitable.

Bien sûr, les regrets ne font pas avancer le dossier. Trois réactions concrètes sont possibles. La première consiste à accepter le projet de Carmeuse sans demander son reste : l’entreprise est alors entièrement satisfaite, sa rentabilité optimale et l’emploi est maintenu, au moins pour quatre ans. De leur côté, les riverains subissent de plein fouet les nuisances, et ont la désagréable sensation d’être laissés pour compte, y compris par l’autorité communale. C’est très mauvais pour la convivialité et l’attrait du village, qui risque à terme de se dépeupler.

Une deuxième attitude consiste à refuser le projet. On peut se battre, tenter de convaincre le conseil communal de s’opposer au déplacement de la route. Dans ce cas, l’entrepreneur fera appel de ce refus au ministre compétent, et perdra au moins quelques mois dans cette nouvelle procédure. C’est alors le chiffre d’affaires de Carmeuse qui est menacé, ainsi que l’emploi, avec un risque de chômage économique ou de licenciement. Nonante-deux personnes travaillent sur le site d’Aisemont. On frise alors la catastrophe sociale, ce qui est inacceptable. Le budget communal, lui aussi, se retrouve menacé : Carmeuse est le plus important contribuable de Fosses-la-Ville : 320 000 € de rentrée annuelle en jeu. Sans compter qu’à terme le ministre donnera les autorisations nécessaires pour l’extension de la zone d’extraction. Les impératifs économiques et l’emploi sont primordiaux en Wallonie aujourd’hui.

La voie de la négociation

Ecolo Fosses-la-Ville prône une troisième voie, la seule gagnante pour toutes les parties : celle de la négociation. L’emploi ne peut être menacé. La commune a un besoin vital du montant des taxes. Donc, la S.A. Carmeuse doit pouvoir travailler, à Hemptinne le plus vite possible, et à Aisemont tant que c’est nécessaire. D’autre part, le village doit garder sa convivialité menacée. Les Aisemontois ont leur mot à dire sur leur cadre de vie futur. Ils doivent donner leur avis sur les conditions d’exploitation de la nouvelle extension de la carrière, sur le nouvel itinéraire de la rue d’Arsimont, et sur la réhabilitation du site après l’abandon de l’activité. Et ils doivent être écoutés. Par Carmeuse, et par la commune.

Nous demandons donc que le conseil communal, qui nous représente démocratiquement, vienne écouter les Aisemontois, avant de se prononcer sur la demande de déplacement de la route. Et nous souhaitons que l’autorité communale soutienne les riverains davantage que par le passé afin d’éviter un maximum de nuisances. Rappelons que lors de l’extension précédente de la zone d’extraction, en 2002, la commune s’était engagée à réunir régulièrement un comité de suivi composé entre autres d’Aisemontois pour veiller à la bonne mise en œuvre des contraintes imposées par le permis. L’échevin de l’environnement de l’époque a convoqué ce comité… une seule fois en six ans.

Ecolo vigilant

La locale Ecolo de Fosses sera particulièrement pointilleuse sur les aspects suivants, avant, pendant et après l’exploitation :

- sécurisation du site pour les promeneurs et les enfants ;
- protection des eaux de la nappe aquifère et des eaux de surface ;
- stabilité des sols, risques karstiques ;
- limitation des poussières émises par le charroi et le traitement de la pierre ;
- pollution par les sons produits par le charroi et le traitement de la pierre, en particulier la nuit ;
- aménagements paysagers, avant, pendant et après l’exploitation ;
- gestion après l’exploitation en vue de maximiser la biodiversité.

Il faut que toutes les parties impliquées se posent la question suivante : « Comment développer l’activité économique et l’emploi de qualité, tout en minimisant les impacts sur l’environnement et en améliorant le cadre de vie des riverains ? ». Négocier tout cela est possible, entre des acteurs de bonne volonté, qui se donnent le temps de construire ensemble une solution, et qui acceptent d’y mettre les moyens nécessaires. En utilisant une méthode participative et en se fixant des objectifs de développement durable, tout le monde peut sortir satisfait de la gestion d’un dossier de nature à attiser les conflits.