Charles Michel, le lait gaspillé et la faim dans le monde

Angélisme ou démagogie ?

Nous sommes tous choqués par les images de lait gaspillé par millions de litres. Il faut que cela cesse. Mais pas n’importe comment. Notre ministre fédéral de la coopération au développement a sa petite idée, comme nous avons pu le découvrir dans les médias hier.

Publié le vendredi 2 octobre 2009

Comme il est facile de surfer sur le dégoût de la population de voir des denrées alimentaires gaspillées. Proposer des solutions réalistes à la crise du lait ou à la faim dans le monde est un peu plus complexe, hélas. M. Michel propose donc de transformer le lait des producteurs grévistes en poudre de lait et de l’envoyer là où il pourrait être utile pour lutter contre la faim dans le monde. L’idée, qui semble apparemment généreuse, est en réalité impraticable, et le ministre le sait vraisemblablement.

La faim dans le monde

Certes, il est nécessaire de disposer de stocks de denrées non périssables pour faire face à certaines situations de crise que sont les guerres et les catastrophes dites naturelles – qui ne le sont pas toujours, loin s’en faut – ainsi que les déplacements massifs de populations qui en résultent souvent. Mais la solution à la faim dans le monde passe avant tout par la mise en place des conditions pour que les populations concernées puissent cultiver et élever elles mêmes, dans leur environnement proche, les céréales, légumes, fruits et animaux nécessaires à leurs besoins. Le monde ne se nourrira jamais de nos excédents. Il n’y a la plupart du temps pas même de routes pour amener de l’aide alimentaire en suffisance dans les zones où règnent la faim et la malnutrition. N’oublions pas en outre que la poudre de lait, sur place, ne pourrait le cas échéant être réhydratée sans risque que si l’on disposait d’eau potable, sous peine de tuer ceux que l’on voulait aider. Cela s’est déjà passé souvent, et notamment au Botswana en 2005-2006 où, à la suite d’inondations, 500 nourrissons sont morts après avoir consommé des laits reconstitués contaminés par de l’eau impropre à la consommation *. Des agences d’entraide, des gouvernements ou des individus ont convaincu beaucoup de femmes de nourrir leurs bébés au biberon plutôt qu’au sein, ce qui s’est avéré être une profonde erreur, témoignant d’une totale méconnaissance du terrain. C’était une idée simple et généreuse aussi, pourtant. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.

La crise du lait

Donner le lait pour qu’il parte aux antipodes ne résoudra pas le problème de nos agriculteurs. Ils ont déjà suffisamment averti, appelé leurs ministres de tutelle à l’aide. Ils sont aujourd’hui acculés à produire ces images choquantes pour gagner le soutien de la population et l’attention de la presse, pour faire bouger le politique, qui ne peut continuer à les regarder disparaître lentement, au nom des dogmes très libéraux de la libre concurrence et de la dérégulation qui font disparaître les plus petites exploitations familiales au profit des industriels de l’agro-alimentaire, en faisant fi des drames humains que cela génère.

Les moyens

Ce que M. Michel évite soigneusement de nous dire jusqu’ici, c’est ce que coûterait le financement de son idée, et où prendre l’argent nécessaire pour réfrigérer, collecter et déshydrater tout ce lait, puis pour distribuer cette poudre judicieusement à travers la planète. Nous propose-t-il d’y consacrer une partie du budget de son département, la coopération au développement ? Il n’est pas certain que cela ferait l’affaire des bénéficiaires habituels de sa politique.

François Mortiaux.

Lettre parue dans le Courrier des lecteurs de La Libre Belgique du 25 octobre 2009.

*source : gifa.org